lettre Ouverte au Président et DTN
Mr le Président, Mr le DTN,
 
La mèche s’est consumée et la flamme s’est éteinte. Bas les masques, les jeux sont terminés. Le bilan est bel et bien désastreux.
Comment rester insensible aux derniers rebondissements épiques de cette épopée olympique. Longtemps, j’ai pensé que cela aller s’atténuer avec le temps et que je tournerai la page tout simplement mais c’était sans compter sur les décisions politiques prises par l’ensemble de notre Fédération Française de Triathlon en amont de ces Jeux et les derniers résultats. Beaucoup connaissent mes valeurs pour le sport mais je ne peux rester impassible. J’ai donc décidé de réagir, pour rester digne et que chacun connaisse le fond de ma pensée. C’est pourquoi je vous adresse Mr le Président, ainsi que Mr le DTN cette lettre ouverte :
 
 
"Mr le Président, je me rappelle que vous aviez fait de votre campagne deux principaux objectifs qui devraient aboutir sur un bilan en fin d’olympiade:
-        Le premier, passer la barre des 50 000 licenciés. Avouez que cela n’est pas très difficile dans le contexte actuel et naturel de l’évolution mondial du triathlon. Si cela n’est pas une manœuvre politicienne je me demande ce qu’il en est.
-        Mais aussi un objectif de médaille olympique sur RIO.
 
Je vous laisse apprécier la réalisation et le bilan.Cependant, j’ai confiance pour que vous vous en sortiez politiquement car votre priorité a toujours été d’assurer depuis Mars 2001 votre place de «roi de le Fédération» parmi vos sujets dévoués. J’imagine aussi que votre réélection sera des plus faciles même sans tenir ces engagements car tout semble verrouillé et le système sclérosé, pourtant la fédération aurait tellement besoin de renouveau. L’honnêteté serait de passer la main, le ferez-vous?
Comment aussi ne pas relever votre intervention auprès des athlètes la veille de course, relayée par les réseaux sociaux. Je vous cite: «Ce sport est avant tout un jeu, alors demain, amusez-vous». Je rêve, j’hallucine même sur cette offense et ce manque de respect de l’engagement des athlètes qui s’investissent à raison de plus de 25 heures d’entrainement hebdomadaire 4 ans durant et qui ne vont surtout pas s’amuser sur les JO mais se battre pour aller chercher une médaille. Mr Lescure, NON on ne gagne pas une médaille olympique en s’amusant. J’ai regardé la course en Suisse, comment expliquer que ce « petit » pays, aux nombres de licenciés et au budget bien inférieur au notre puisse glaner pas moins de 5 médailles en 5 olympiades?
 
Mr le Directeur Technique National, ou est passée votre aura? Vous n’êtes plus que l’ombre de vous-même. Ou sont passés vos discours que vous nous distilliez à foison sur le fait de donner du sens au mot «performance». Je me souviens de vous avoir entendu à maintes reprises que seuls les «médaillables» iraient aux Jeux et que si le niveau des athlètes n’est pas suffisant nous ne remplirions pas les quotas…Quel fiasco… je cherche en vain une quelconque stratégie de haut niveau. A croire que nous étions trop peu à porter le projet de haut niveau, je pense ici à Vincent LUIS et Laurent VIDAL mais aussi à Pierre HOUSEAUX que vous avez évincé sans nous donner une seule explication. Il était pourtant le seul à nous accompagner avec un apport de technicité, d’expérience, d’exigence et de confiance mutuelle. Heureusement que Vincent a continué notre dynamique, seul et isolé. Imaginons un instant qu’il ne soit pas aux JO et constatez un peu le désastre. Course décevantes de Pierre LE CORRE et Dorian CONINX mais qui n’alarment personne. On dira que c’est la réalité du haut niveau, rendez vous dans 4 ans et tout va bien. Quant à nos féminines, un trou réel de génération pousse à sélectionner des filles en devenir…pour des Jeux Olympiques. Elles étaient là pour «apprendre». Laissez-moi rire sur l’apprentissage en question. Est-ce que l’on apprend beaucoup en terminant à 6’/7’ de la tête de course (en terminant son premier triathlon sur cette distance par la même occasion) sans être acteur ou spectateur en aucune manière sur celle-ci. Quel bel apprentissage riche en enseignements qui n’a rien à voir avec l’apprentissage que Vincent a pu avoir aux JO de Londres et ce que cela a pu lui apporter. Quel est le message pour nos jeunes athlètes qui peuvent légitimement penser que parce qu’ils sont jeunes ils pourront peut-être plus facilement participer aux JO sous prétexte d’expérience à prendre. Vous allez tout simplement supprimer l’exigence de résultats et ouvrir une porte sur la participation pure et simple chère à COUBERTIN.
 
En terminant à la 4e place des JO de Londres en 2012 derrière les frères Brownlee et Gomez, qui avaient réalisés ce jour-là (et malheureusement pour nous), leurs meilleures courses de l’année, mon ambition de performance pour 2016 s’était tout bonnement accrue. Lors de l’accompagnement de cette olympiade précédente, nous nous retrouvions et partagions un challenge à la hauteur de notre engagement vers cette haute exigence qu’est la performance.
L’investissement et la volonté que nous avions pour y parvenir, en allant au bout des choses étaient une force pour les autres athlètes français et montrer ainsi la voie vers l’accomplissement, la réussite, la performance. Il était demandé de la «Performance» et uniquement de la «Performance» pour que la dynamique mise en place depuis 2009 accouche d’une médaille olympique à terme. Pas de mauvaises excuses, encore moins de figuration.
Là était le discours officiel, celui entendu par tous depuis toutes ces années.
Suite au Test Event de Rio en 2015 et l’obtention de ma position de sélectionnable, j’étais dans l’attente des JO de 2016 et uniquement tourné vers cet objectif. Pas d’eau trouble ! Cela m’a d’ailleurs été dit et répété à maintes reprises. Bien qu’en étant à un niveau moyen en Mai dernier, je me suis alors retrouvé au même niveau de considération que d’autres athlètes qui n’avaient pas réalisé les critères couchés sur papier et qui n’avaient pas encore assez prouvé. J’étais alors simplement inscrit dans une démarche de performance avec pour seul pic de forme le Jeudi 18 Aout et cette médaille pour objectif. Un objectif qui paraissait légitime, qui en faisait un objectif commun.
 
La composition de l’équipe de France olympique m’oblige à réagir au nom des valeurs de performances sportives:
Les sélections françaises n'ont été établies sur aucun critère réalisé pour 4 athlètes de nos 5 représentants.Les critères de sélections en 4 niveaux se sont avérés fort confortables pour la place de subjectivité finale de la DTN. Nous étions deux à avoir réalisé les critères demandés en 2015. Petit à petit nous sommes allés vers un critère d’appréciation de notre DTN dénué de conditions de critères concrets de sélection. Le 4éme critère permettant de retenir des athlètes jugés sur résultats de compétitions internationales demeure trop subjectif. Ce dernier critère a permis de sélectionner tous les athlètes hormis Vincent. Aujourd’hui tout est lié à une position complètement subjective, forte d’arguments politiques qui ne leurrent personne afin d’expliquer une sélection. On va aux «Jeux olympiques» parce que l’on a fait tel résultat brut sur une compétition ou bien pour prendre de l’expérience.
 
Quelle fine équipe d’entraineurs nationaux et d’accompagnateurs sur Rio, toujours bien plus représentés que le nombres d’athlètes et tous incapables de peser un minimum sur la performance du champion hormis un médical qui a fait ses preuves depuis longtemps.
Le rôle de la FFTRI pour l’athlète de haut niveau est réduit à un apport financier, des inscriptions sur les compétitions et éventuellement une CIP si l’on est dans le bon registre. Tout est faux et intéressé au niveau des relations humaines entre la fédération et l’athlète jusqu’à cette soi-disant dynamique d’équipe qui n’existe que lorsque les médias sont là mais qui n’est que de façade. Où était elle jeudi dernier ? Pourtant nous paraissions incollables sur les données physiologiques et autres données chiffrées réalisées dans de beaux tableaux... Ne vous mentez pas, les athlètes jouent avec vous et vous font croire uniquement par intérêt. Il n’y a aucune âme dans cette équipe de France. Je ne vais pas revenir sur ma non sélection pour Rio et encore moins sur un hypothétique résultat, là n’est pas mon propos. Je ne partage pas l’autosatisfaction fédérale redondante au vu des résultats de nos Français sur chaque circuit, c’est là un impressionnant manque de réalisme et de niveau de performance. Oubliés les repères chronométriques et autres analyses de densité de présence sur les courses qui deviennent très aléatoires en cette année olympique.
Monsieur le Président et Monsieur le DTN, vous pouvez déjà vous gargariser des résultats d'expériences acquis sur ces JO pour préparer l’échéance de 2020, à moins qu’en 2024 on sélectionne encore des jeunes afin qu’ils prennent de l’expérience pour 2028 et ainsi de suite…
 
Rassurez-vous mesdames, messieurs, tout est en bonne voie et tellement limpide:
Il n’y a pas eu de médaille olympique, elle sera bien paralympique… On y parviendra bien.La médaille est dépendante du bon déroulé de l’accompagnement privé des athlètes avec comme toujours très peu de poids de la fédération en termes de stratégie de préparation ou d’accompagnement, et cela au nom de la singularité des parcours si chère à notre DTN.
Les cadres techniques deviennent très administratifs, très peu entrainent au quotidien et le manque d’expérience de terrain se fait cruellement sentir. Les contacts de proximité, d’échanges techniques facteurs essentiels à la performance et à la confiance se font très rares. Pourquoi alors avoir mis de côté des cadres emplisd’expériences de terrain? Pourquoi se passer d’anciens athlètes ?
 
Cela fait plus de 15 ans que je suis dans un processus de haut niveau au sein de la fédération, à faire des sacrifices pour représenter mon pays à travers le monde. Je suis fier de ce quej'ai réalisé et surtout chanceux d’avoir vécu des moments exceptionnels partagés avec beaucoup. Les choses ont évolué et aujourd’hui je suis triste et atterré de voir comment les décisions se prennent. Les athlètes sont devenus des pions. On ne leurs demande rien et ils ne disent surtout pas ce qu’ils ont sur le cœur, car, le temps passé à le faire serait source d’énergie supplémentaire dans une activité déjà bien prenante et ils n’ont ni le temps ni la force de le faire.
Des courses rendues aseptisées où les prix sur les GP en France ont disparu aussi rapidement que les droits d’entrée d’organisation de ces épreuves ont  augmenté incroyablement. Pour des épreuves accueillant bien souvent les meilleurs mondiaux donnant l’occasion de faire une communication de choix.
 
 
Pour conclure cette petite citation qui ne sera pas de trop:
«Voilà comment finissent les plus beaux sentiments et les plus grand drames de la jeunesse.» – Ecrivait Balzac
«Nous partons presque tous au matin, comme moi de Tours pour Cloche-Gourde, nous emparant du monde, le cœur affamé d'amour puis quand nos richesses sont passées par le Creuzet, quand nous nous sommes mêlés aux hommes et aux événements, tout se rapetisse insensiblement nous trouvons peu d’or parmi beaucoup de cendre, voilà la vie, la vie telle qu’elle est… De grande prétention, de petite réalité.»
 
J’ai mal à mon triathlon français et je ne peux que constater la disparition des valeurs essentielles que nous avions. J’ai cru naïvement que le chemin était tracé, je me suis bel et bien trompé.
Mr le Président, Mr le DTN, il est peut-être venu le temps des remises en question et du changement.
 
 
Sportivement,
 
 
David Hauss
publié le 22/08/2016
 
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